Allons au théâtre !

Un peu seul(e) à la Petite Croisée des Chemins

Hypolite Regerat, Julien Thonnat et Stéphanie Leprince. Photo : David Season
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Compagnie Scène Éclat

Comment ne plus être transparent ?

 On est plongé d’emblée dans des univers d’une poésie ineffable. La scénographie est très travaillée, chacun des trois comédiens fait vivre son personnage avec une vive intensité. On est captivé à chaque seconde, d’autant que le texte profond, subtil, de Marina Aleo interpelle.

 Un exemple parmi d’autres : je suis la voix de ton silence. La solitude sous différentes formes est traitée avec beaucoup d’acuité et de délicatesse. Les lumières contribuent à mettre en valeur les personnages qui tentent tant bien que mal d’exister, chacun à sa manière.

 Chacun se débat dans sa solitude, l’amoureuse se jette à corps perdu dans une relation où elle projette son désir, elle rêve l’autre, refusant de se confronter à la réalité.

 La densité du texte impressionne, tout comme la direction d’acteurs. Les qualités du spectacle font qu’un silence quasi religieux existe du début à la fin de la représentation.

 Les tensions sont présentes tout comme les differents climats, ce qui fait qu’on est sans cesse attentif à ce qui se passe au plateau. La capacité déconcertante de Julien Thonnat à incarner tour à tour différents personnages avec une si grande conviction est un atout incontestable. Les trois comédiens étant tous d’un niveau tel qu’on prend un grand plaisir à les voir évoluer. Ils ont une belle énergie et on note une belle écoute de leur partenaire.

 L’émotion à fleur de peau de l’amoureuse, interprétée avec maestria par Stéphanie Leprince suscite l’empathie, tout comme la lutte inlassable de celui qu’agitent des idées noires, incarné avec brio par Hypolite Regerat. Le désir d’exister chez chacun, même l’aventurier désinvolte, rend les personnages intéressants.

 La mise en scène tire habilement parti de leurs failles. La construction ne se laisse pas appréhender facilement mais tout a un sens, rien n’est gratuit.
On note même quelques effets comiques particulièrement bienvenus.

 L’idée qu’on est responsable de ses actes fait songer à Huis clos de Jean-Paul Sartre. Le final est un sommet d’émotion. Loin d’être une pure réflexion, cette pièce montre les corps en mouvement, les interactions, tout est incarné, ressenti, pensé.

 La qualité d’écoute des comédiens, leur présence, ravissent le public. Une très belle proposition d’une exigence peu commune, à la fois singulière et universelle qui ne manque pas de susciter le questionnement et qui invite à agir, à être acteur de sa vie, plutôt que de se laisser dépérir comme Narcisse.

 Une pièce ambitieuse qui tient toutes ses promesses : une réussite absolue.

David Season, Les Chroniques d’Alceste

Publié le 3 mai 2026.

À la Peite Croisée des Chemins, les samedis et dimanches à 17h, jusqu’au 17 mai.

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