- Auteur : Élisabeth Bouchaud
- Mise en scène : Julie Timmerman
- Assistante mise en scène : Véronique Bret
- Avec : Marie-Christine Barrault, Marie Toscan, Matila Malliarakis, Mathieu Desfemmes
- Scénographie : Luca Antonucci
- Création lumières : Philippe Sazerat
- Costumes : Muriel Mellet
- Création son : Mme Miniature
- Création vidéo : Thomas Bouvet
- Accessoires : Olivier Defrocourt
Une femme exemplaire.
Marthe Gautier, incarnée avec sobriété par Marie-Christine Barrault, est longtemps restée inconnue du grand public car Jérôme Lejeune s’était approprié sa découverte scientifique de première importance : la trisomie 21.
Dans les années 1950, les femmes étaient si peu considérées qu’elles devaient se battre pour trouver leur place dans un monde du travail dirigé par des hommes peu enclins à reconnaître leur mérite.
La pièce d’Élisabeth Bouchaud est d’une finesse peu commune : les rapports humains sont traités avec une grande acuité, les dialogues inspirés sont révélateurs des mentalités de l’époque. Marthe Gautier est une battante, une étudiante brillante qui a été lésée tout au long de son parcours, de sa carrière parce que c’était une femme.
Marie-Christine Barrault la fait vivre sur scène : à l’occasion d’une interview en 2014, Marthe Gautier voit défiler les étapes marquantes de sa vie et se retrouve face à face avec la jeune chercheuse pleine de ressources qu’elle était. Cette brillante idée de dramaturge est servie par la mise en scène de Julie Timmerman : on est sous le charme de Marie Toscan, qui incarne avec un naturel déconcertant Marthe Gautier jeune.
On éprouve beaucoup d’empathie pour cette femme grâce à une scénographie inspirée et un jeu de comédiennes qui impressionne tant il suscite d’émotions chez le spectateur. Une poésie certaine se dégage des scènes où on voit les réactions du même personnage à deux moments de sa vie. L’état de grâce des deux artistes captive l’auditoire.
Les trouvailles de scénographie forcent l’admiration. L’attention est toujours en éveil tant chaque détail a été pensé pour le plus grand plaisir des spectateurs. La scène où les hommes sont de dos lors d’un moment clef, dit plus qu’aucun discours le souverain mépris des deux scientifiques pour la gent féminine.
Grâce à ce quatrième volet des Fabuleuses consacrée à Marthe Gautier , on se rend compte à quel point le sort a été injuste pour les femmes et continue de l’être encore aujourd’hui dans une certaine mesure.
Les intrigues des hommes sont bien mises en lumière avec une inventivité extraordinaire sur le plan de la scénographie. On n’est jamais au bout de nos surprises.
Jérôme Lejeune est interprété avec justesse par Matila Malliarakis. Son opportunisme, son ambition dévorante, font naître un sentiment de révolte parmi les spectateurs. Ce sentiment est renforcé par son opposition farouche à l’IVG par la suite.
La confrontation entre le professeur Turpin, joué avec brio par Mathieu Desfemmes, et Jérôme Lejeune est un morceau d’anthologie. Mathieu Desfemmes impressionne particulièrement dans cette scène : on se délecte de sa diatribe finale.
Tous les interprètes sont merveilleux et ils incarnent tous leurs rôles avec maestria. Je n’ai pas la moindre réserve. J’ai beaucoup apprécié le timbre et le jeu de Marie-Christine Barrault. Mathieu Desfemmes en pape est irrésistible. Marie Toscan en animatrice qui tient la dragée haute à Jérôme Lejeune est sublime. Quant à Matila Malliarakis, son aplomb est déconcertant quand il entreprend d’embrasser le combat contre l’IVG.
Les projections vidéo contribuent indubitablement à la réussite du spectacle, tout comme la musique, les lumières, le décor, les costumes. Tout séduit. Cette pièce est un chef-d’œuvre absolu.
Elle montre l’abnégation d’une femme pour la recherche puis son dévouement pour ses patients après qu’on lui a refusé les honneurs, car son but dans la vie est d’aider son prochain et en particulier les enfants de son service. Je terminerai donc en citant Anne Sylvestre :
« J’aime les gens qui n’osent s’approprier les choses, encore moins les gens,
Ceux qui ne veulent bien être qu’une simple fenêtre pour les yeux des enfants, Ceux qui sans oriflammes et daltoniens de l’âme ignorent les couleurs,
Ceux qui sont assez poire pour que jamais l’Histoire leur rende les honneurs》
David Season, Les Chroniques d’Alceste
Publié le 26 janvier 2026.
À la Reine Blanche, du mercredi au dimanche.