Compagnie Trois six neuf
- Auteur : Colette
- Adaptation et jeu : Nathalie Prokhoris
- Direction d'actrice : Christine Culerier
L'amour des mots.
On se délecte de chacun des mots prononcés par la comédienne. Son phrasé, ses inflexions, ses ruptures font aimer la langue de Colette. On voit Colette à l’œuvre dans sa chambre mais aussi Colette enfant, ses rêves, ses espoirs, ses aspirations.
Le regard habité de Nathalie Prokhoris fascine. On est sous le charme de l’incarnation. On suit la pensée de Colette. Son travail d’adaptation force l’admiration. Tout est pensé, réfléchi, et on sourit tant on prend de plaisir à l’écouter. Son talent de conteuse est manifeste. Elle subjugue l’auditoire. La direction d’actrice de Christine Culerier est remarquable.
La scénographie est particulièrement étudiée. On est captivé du début à la fin. La boîte à musique participe de l’évocation de l’enfance et le public repense immanquablement à la sienne.
Colette était émerveillée par la cire à cacheter, les stylos, les crayons. La nécessité d’écrire parle à tous ceux qui ont à un moment ou à un autre écrit. Le beau papier, l’encre…Tous les sens sont sollicités lorsqu’on prend la plume.
Les spectateurs voient les objets, la maison d’enfance, tout passe dans le regard de la comédienne dont la voix séduit. Il faut assister au spectacle pour se rendre compte de la virtuosité de la conteuse qui convoque tout un univers suranné mais dont le cachet émerveille.
Toutes les scènes semblent se produire sous nos yeux à mesure que la comédienne les évoque. C’est une prouesse de nous transmettre tant d’émotions et de faire aimer d’emblée la langue de Colette.
Les lumières mettent bien en valeur l’interprète. On sent un travail sur le rythme, on savoure chaque instant. Un spectacle d’une grande densité traitant de la relation au père et à la mère. Colette devenant à son tour père, auctor, d’une œuvre considérable.
Le processus de création, de gestation est bien mis en lumière. Les morceaux choisis s’enchaînent naturellement. Un des plus beaux spectacles que j’aie vu ces derniers temps.
Si vous aimez la langue française, le théâtre, ce spectacle est fait pour vous. La petite salle de la Folie théâtre se prête particulièrement à ce seule en scène intimiste. Le décor, les costumes contribuent à créer l’illusion.
Merci, Nathalie Prokhoris, de nous faire vivre des moments d’une intensité rare.
David Season, Les Chroniques d’Alceste
Publié le 20 décembre 2025.
À la Folie Théâtre, les vendredis et samedis à 19h30.