- Écrit et composé par Solenn Delisle-Millet
- Mise en scène : Solenn Delisle-Millet
- Avec (en alternance) : Mathilde Mosnier, Pauline Maisonneuve, Félix Guth, Vincent Renaudet
- Arrangements : Guillaume Lhonoré
- Illustration : Audrey Suau
Une invitation à apprécier les belles choses.
L’aventure des deux protagonistes est inattendue. On suit avec intérêt les échanges entre ces personnages si différents. Vénus a beaucoup de grâce et de savoir-vivre alors que le Nain est rustique et mal dégrossi. Le contraste est saisissant, chaque comédien s’investit tellement dans son personnage qu’on est sous le charme. On est subjugué par la douceur et la patience de Vénus et on sourit de la balourdise du Nain.
Les intermèdes musicaux contribuent à rendre cette pièce apaisante. La chanson de la rose et du jasmin est particulièrement entraînante et mélodieuse : les interprètes forment un duo bien assorti, où chacun apporte à l’autre.
On se laisse porter par l’histoire : des êtres dissemblables qui finissent par s’accorder. La Vénus élève le Nain et lui permet d’accéder au beau. La poésie est au centre du conte.
L’ode à la nature est amenée avec habileté. Les fruits et légumes, les animaux sont à l’honneur. On célèbre l’art de la table, la bonne chère. La pièce n’est pas dénuée d’humour : les situations cocasses ne manquent pas et le spectateur est toujours en éveil. La spontanéité du Nain prête à sourire et les plus jeunes spectateurs se délectent de son ingénuité. Le moment où il croit prendre goût au bois fait partie des moments les plus comiques de la pièce. Les jeux sur la langue montrent un désir de considérer les petits comme des spectateurs à part entière.
L’importance de la poésie, du raffinement sont mis en valeur sans didactisme. Il n’y a pas d’artifices. L’évolution du Nain sert la cause de l’écologie et du féminisme : le Nain prend conscience des richesses insoupçonnées présentes dans le jardin et de la considération qu’on doit à autrui, en particulier aux femmes. Son rapport à Vénus étant au départ fondé uniquement sur son physique. Celle-ci lui apprend à voir au-delà des apparences et révèle ainsi le Nain à lui-même. Mathilde Mosnier en Vénus et Vincent Renaudet en Nain se complètent parfaitement si bien que le public se sent impliqué émotionnellement. L’expressivité du visage du Nain et de la Vénus ajoute au plaisir du spectateur.
Le recours à la voix off offre une respiration bienvenue, le timbre est agréable, ce qui ne gâte rien.
La mise en scène de l’auteur permet au spectateur de goûter chaque seconde du spectacle : Solenn Delisle-Millet instaure un climat onirique où s’invite l’imprévu. C’est d’ailleurs ce qui tient en haleine le spectateur : le conflit donne un rythme certain à l’ensemble. Les comédiens prennent un plaisir manifeste à incarner leur rôle et ont une belle présence.
Il y a beaucoup de fraîcheur dans cette pièce qui évite tout discours militant et sort des sentiers battus : tout semble couler de source et on accepte volontiers que deux objets, inertes par définition, puissent prendre vie et dialoguer. Les messages, distillés de façon astucieuse, invitent le spectateur à se poser des questions. Le final réjouit l’auditoire et clôt l’histoire de façon originale.
Le parti pris d’utiliser un langage moderne, un peu familier, peut dérouter l’auditoire.
Pour autant, la performance des comédiens, la scénographie, le décor et l’univers singulier proposé concourent au plaisir du spectateur qui se réjouit d’avoir vu la pièce.
Les petits réagissaient et étaient attentifs du début à la fin, signe que le spectacle avait suscité leur intérêt : on les comprend. Le plaisir des adultes se lisait sur leur visage.
Une pièce qui sort de l’ordinaire où les enjeux de société sont abordés avec à-propos et portés par des comédiens de haut niveau.
David Season, Les Chroniques d’Alceste
Publié le 10 mai 2026.
À la Comédie Saint-Michel.
Les mercredis à 15h15 et les samedis à 14h00.
Dates exceptionnelles : 14 et 25 mai, 7, 14 et 16 juillet.