Compagnie Mmm…
- Auteur : Marie-Magdeleine
- Mise en scène : Marie-Magdeleine
- Avec : Marie-Magdeleine
- Création lumière : Aurélien Macquet
- Musicien : Nicolas Girardi en alternance avec Clement Bélio
- Régisseur : Aurélien Macquet
- Collaboration artistique : Milan Filloque, Paul Toucang, Julien Marot, Jérôme Chambon
Les mots pour le dire.
Marie-Magdeleine est une artiste complète. Elle joue, écrit, met en scène avec un talent peu commun. Elle évoque la perte d’un être cher de façon singulière : sa proposition subtile est d’une richesse incroyable. On est plongé dans le quotidien d’une famille attachante, pleine de vie, qui s’apprête à rendre visite à Lana, dont le nouvel enfant a quelques mois à peine.
Marie-Magdeleine campe chaque membre de cette famille exubérante, adoptant leur voix, leurs attitudes, passant de l’un à l’autre en une fraction de seconde. C’est peu dire qu’on est impressionné, d’autant qu’elle est accompagnée d’un batteur, bruiteur, comédien à l’occasion : la partition est réglée comme du papier à musique. Nicolas Girardi montre l’étendue de son talent : on est conquis.
L’expérience du spectateur est extraordinaire. J’ai adoré le chat qu’on croit voir et que plusieurs personnages se disputent tout au long de la représentation.
Incarner quinze personnages si différents en étant toujours synchrone avec le batteur durant une heure vingt-cinq relève de l’exploit. On a du mal à croire qu’on puisse faire preuve d’une telle virtuosité. Le batteur a beaucoup de mérite.
Non contente de nous montrer ses talents exceptionnels de comédienne, Marie-Magdeleine nous fait rire et nous émeut grâce à un texte d’une exigence rare. On est parfois perdu car les personnages foisonnent mais cela n’a pas d’importance : on saisit l’essentiel, les rapports humains. La douleur. La perte. La difficulté de faire son deuil. La volonté de vivre malgré tout.
Le recours au comic relief permet de dédramatiser la situation. Les comiques de situation, de caractère ne manquent pas de faire rire l’auditoire tout en le faisant réfléchir. Les analepses sont bien amenées et permettent peu à peu de mieux cerner la personnalité de l’absent. Les moments de tendresse bouleversent. On éprouve de l’empathie pour les personnages, dont la profondeur psychologique est très travaillée.
Le message d’espoir que porte Marie-Magdeleine est source de réconfort. On s’identifie aux personnages, en particulier quand on a perdu un proche récemment, ce qui est mon cas. La comédienne a su trouver les mots justes pour parler de ce qu’on éprouve face à l’inconcevable, au sentiment d’injustice.
On pense à Henri Bergson, qui écrivait que 《nous utilisons tous les mêmes mots alors que nous éprouvons des émotions qualitativement différentes》. La douleur de ceux qui restent est difficile à exprimer.
Le spectacle auquel j’ai assisté dépasse tout ce que j’aurais pu imaginer. On vit chaque seconde avec Marie-Magdeleine, on est admiratif de son talent incomparable. Les lumières d’Aurélien Macquet la mettent bien en valeur.
Une représentation novatrice qui ne ressemble à aucune autre.
À voir absolument.
David Season, Les Chroniques d’Alceste
Publié le 1er février 2026.
Au théâtre 14, du mardi au vendredi, jusqu’au 6 février.