Cie Catalina Rodriguez
- Auteur : Gabriel García Márquez, traduction de Ricardo Montserrat
- Scénographie : Leslie Bourgeois
- Interprétation : Catherine Alias
- Direction technique : Jean-Louis Larcebeau
- Collaboration artistique : Jean Ribault
Elle et lui.
La mise en scène épurée met bien en valeur l’artiste : Catherine Alias fait vivre les mots du romancier et dramaturge Gabriel García Márquez. La fougue de la protagoniste ne laisse pas à son conjoint l’occasion de répliquer. Sa détresse est palpable. Catherine Alias passe par toutes les émotions. Jamais je n’avais vu une comédienne avec une palette aussi large dans un seul en scène.
Le corps de la comédienne dit autant sinon plus que les mots. La scénographie de Leslie Bourgeois est remarquable : on est suspendu aux lèvres de Catherine Alias, juste d’un bout à l’autre, sur le fil, ce qui n’est pas chose aisée.
Interpréter un texte où rien ne se passe pour ainsi dire relève de la gageure. Avec ses ruptures de rythme, ses silences habités, Catherine Alias donne à voir toutes les facettes d’une femme torturée.
On imagine sans peine toutes les situations abordées par la protagoniste grâce à la puissance d’évocation du regard de l’artiste. La configuration de la salle Studio de la Scierie permet au spectateur d’être captivé à chaque seconde par l’intensité du regard de la comédienne. Le plateau est quasiment nu, à l’exception d’un banc, et pourtant on a l’impression d’avoir accès à l’univers intérieur foisonnant de la femme délaissée, lassée de n’être pas considérée.
Le dispositif habile consistant à diffuser tantôt les états d’âme de cette femme tantôt une douce musique confère un climat onirique au spectacle. Le grain de voix de Catherine Alias exerce un attrait irrésistible : ses confidences qu’on entend à travers les hauts-parleurs ensorcellent l’auditoire.
La performance magistrale de la comédienne impressionne et déroute : chaque mouvement, chaque inflexion semble aller de soi. Les regards de l’interprète font exister son interlocuteur absent. Il semble paradoxalement plus présent que si on le voyait sur scène.
Les passages en espagnol, loin de perdre les non-hispanophones, ajoutent une couleur locale au réquisitoire. Les intentions de l’interprète sont si manifestes qu’on comprend tout, même si l’on ne maîtrise pas la langue de Miguel de Cervantes.
Jamais je n’ai vu un artiste jouer autant pour les aveugles et pour les sourds, selon la préconisation de Louis Jouvet. L’élocution de Catherine Alias est exemplaire et ses expressions révélatrices. Avec ce spectacle dont la traduction a été écrite spécialement pour la comédienne en 2012, Catherine Alias se hisse au niveau des plus grands comédiens de notre temps.
Passer une heure en sa compagnie fut pour moi un privilège. Ce spectacle devrait être diffusé dans tous les lieux de culture afin de montrer ce que nos artistes ont de plus beau à offrir.
Le spectateur ressort bouleversé, ému et plein de reconnaissance pour la formidable comédienne qu’est Catherine Alias. On n’a qu’une hâte : revoir cette pièce pour mieux goûter chaque instant de la représentation.
David Season, Les Chroniques d’Alceste
Publié le 24 jullet 2026
Le 25 juillet 2026 18h05 à la Scierie.
Salle Le Studio