- Auteur : d'après Emmanuel Darley
- Jeu, mise en scène et adaptation : Thierry de Pina
- Lumière : Nicolas Thibaut
- Direction d'acteur : Emmanuelle Lorre
- Musique : Hicham Chahidi
- Regards extérieurs : Sylvie Dutheil Carole Scotto-Di-Fasano
Dans quel monde vivons-nous ?
L’incarnation de chaque personnage par Thierry de Pina captive. Il ne force pas le trait. Il est toujours juste et il passe avec une aisance déconcertante du personnage du passeur à celui d’Élias, le migrant.
L’histoire d’Élias bouleverse. Il a tout quitté pour un ailleurs idéalisé. On vit le désenchantement d’Élias avec amertume. On a l’impression que le monde d’Élias s’écroule quand il descend à fond de cale. Élias est un autre nous-même, on ressent sa souffrance dans notre chair.
La scénographie dépouillée permet à chaque spectateur d’imaginer le décor. Les lumières permettent de créer plusieurs climats différents qui soulignent tantôt l’espérance tantôt le cynisme. La musique contribue grandement à impliquer le spectateur.
Arrivé à Pays Bonheur, idéal universel qui parle à chacun, le chemin est semé d’embûches. La langue d’Emmanuel Darley traduit bien les différentes mentalités. C’est subtil, jamais démonstratif ou didactique.
Le comédien Thierry de Pina a réussi à écrire des passages entiers du même niveau que ceux de l’auteur, ce qui est tout à fait méritoire.
Mais plus que la langue, ce sont les émotions qui nous transportent. On est déchiré par ce parcours de vie. Celui d’Élias, archétype de tous les migrants.
Pourtant, malgré les épreuves, l’espoir demeure. Les tâches répétitives sont le quotidien d’Élias mais comme l’écrit Albert Camus, 《Il faut imaginer Sisyphe heureux.》 même s’il est vrai également comme l’affirme Victor Hugo dans Les Châtiments : 《Car le plus lourd fardeau/C’est d’exister sans vivre.》
Le passeur se vautre dans le confort matériel alors que les déshérités ne savent pas ce que signifie le mot loisir.
L’appel poignant des peuples de l’autre bout du monde qui est lu à la fin montre à quel point le sort est injuste.
Il semble que la soif d’apprendre des autres peuples, leur désir de s’en sortir ne soit pas pris en compte au plus haut niveau.
Une pièce qui contribue à éveiller les consciences dont Thierry de Pina est l’ambassadeur formidable. Mon premier coup de cœur de cette saison.
Cette pièce universelle fait écho en chacun de nous grâce à la performance hors du commun de Thierry de Pina, qui incarne tour à tour des personnages très différents.
David Season, Les Chroniques d’Alceste
Publié le 10 janvier 2026.
Au théâtre du Guichet Montparnasse, chaque jeudi.