Allons au théâtre !

Envol de Marina au Chapeau Rouge

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Compagnie Le Chant des Loups

Vanitas vanitatum et omnia vanitas

 Marina est une jeune femme entière qui ne supporte pas la médiocrité et dont l’idéal est de faire apprécier le beau au plus grand nombre. Elle est sans cesse dans l’outrance, dans la démesure voire dans l’hubris : ainsi, elle n’a pas de mots assez durs pour son assistante dont les textes criblés de fautes l’indisposent. Elle est volontiers cynique, condescendante, ne manquant jamais une occasion de se mettre en avant.

 Antonia Denavit campe ce personnage à la fois désabusé et plein d’espoir avec un aplomb qui désarçonne le spectateur. Son timbre tranchant, son pas décidé, ses mouvements vifs lui donnent une aura certaine.

  Les satisfecits que Marina se décerne à elle-même ont un effet pour le moins cocasse. Face aux hauts fonctionnaires, elle est prête à tout pour arriver à ses fins, passant habilement de la séduction à l’indignation. Lorsqu’elle reconnaît ses torts, elle essaie de se disculper en recourant notamment à une toute petite voix et à un jésuitisme confondant. Ce trait de caractère inattendu ne manque pas de faire sourire le spectateur qui voit le loup se muer en agneau.

 L’évolution du personnage interpelle mais n’est pas incongru : dès le début, une folie latente est perceptible chez Marina. Ne serait-elle pas bipolaire ? Le doute est permis tant elle jubile quand elle obtient une victoire et se montre abattue quand elle est prise en défaut : le visage expressif d’Antonia Denavit rend bien ce contraste.

 Au fur et à mesure, le vernis craque et Marina apparaît comme un personnage autocentré assoiffé de reconnaissance dont l’idéal n’est qu’un alibi. Même si la comédienne se montre très convaincante, très persuasive, la sincérité de la démarche de Marina interroge. Cette ambivalence est rendue par la palette de jeu de l’interprète : son impulsivité, sa grossièreté tranchent avec son côté policé qui n’est peut-être qu’un masque.

 Marina pourrait faire sienne la déclaration de Jack à Algernon dans The Importance of Being Earnest d’Oscar Wilde : That’s the truth, pure and simple, tant elle veut tromper son monde : les monologues intérieurs, la voix off éclairent le spectateur sans livrer toutes les clefs. La réponse cynique d’Algernon s’applique fort bien à la comédie que nous joue Marina : The truth is rarely pure and never simple.

 Chez l’auteur de la pièce, Rodolphe Corrion, un côté spirituel transparaît qui le rapproche d’Oscar Wilde : Marina apparaît comme le double de l’auteur. Son analyse sans fard de la politique, du monde de l’art ne manque pas de faire sourire. Le discours décapant de la protagoniste bouscule les idées reçues. La diatribe sur les fautes d’orthographe est un des passages les plus drôles de ce seule en scène : Marina ne ménage pas sa collaboratrice à laquelle elle reproche son manque de formation et d’implication avec un plaisir non dissimulé.

 Les compositions originales d’Oscar Sisto s’intègrent bien à l’économie de la pièce : le timbre chaud de la comédienne et son émotion à fleur de peau apportent un onirisme certain. On aimerait bien pouvoir repartir avec !

 Seule réserve : certains mots grossiers présents à deux moments précis du spectacle. Ce parti pris n’est pas gratuit, je le concède, il permet de mieux cerner la personnalité de la protagoniste.

 La création lumière met bien en valeur Antonia Denavit : elle contribue à créer un climat intimiste qui permet de se sentir proche du personnage. Le décor minimaliste suggère : le spectateur imagine les situations. Le regard conquérant d’Antonia Denavit donne un dynamisme certain à sa performance.

 Un spectacle profond et atypique qui interroge sur les rapports humains. Le spectateur se demande : qui est vraiment autrui ?

David Season, Les Chroniques d’Alceste

Publié le 13 juillet 2026.

Jusqu’au 25 juillet 2026 à 14h45 au Chapeau Rouge.

Relâche les 15 et 22 juillet

Antonia Denavit. Photo : David Season

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