Allons au théâtre !

Interview de Muriel Michaux, à l’affiche de Ceux qui restent.

Interview de Muriel Michaux disponible en intégralité ici :

Et voici une version un peu plus courte :

David Season : Bonjour Muriel Michaux, vous êtes comédienne, mais vous avez aussi une autre corde à votre arc, la mise en scène. Vous défendez deux pièces cette année au Festival d’Avignon, Ceux qui restent, à la Scala, comme comédienne, et C’est pas si grave !, aux Gémeaux, à la mise en scène.

Muriel Michaux : Sur C’est pas si grave !, je suis l’assistante mise en scène d’Olivier Macé.

 

David Season : On vous verra aussi dans une autre pièce, Les Remous de la scène à Paris, l’an prochain, certainement. Ces pièces ont en commun d’aborder des sujets graves. Pouvez-vous nous en parler ?

Muriel Michaux : C’est notre quatrième Avignon, et on est très très content de revenir jouer. Ceux qui restent, c’est l’histoire d’Étienne, un trentenaire qui accepte d’accompagner sa mère en Suisse pour qu’elle puisse procéder à un suicide accompagné. Il s’apprête à vivre une des plus grandes épreuves de sa vie. Et au même moment, il tombe amoureux d’une jeune femme qui a clairement peur de s’engager. Il est à la fin de quelque chose, au début de quelque chose, et il a de la chance d’avoir une relation magnifique avec sa mère.

Et ce trajet vers la Suisse est l’occasion, le temps de pouvoir se parler vraiment et de se dire tout ce qu’ils n’ont pas eu l’occasion de se dire. Et ça lui donne aussi la force et le courage de bousculer sa vie à lui, de prendre des risques en amour, notamment avec Juliette, qui est le personnage que j’interprète.

C’est une pièce à la fois drôle, même si on peut penser que non vu le thème, mais en fait si, émouvante, sans tomber dans le pathos, parce que le personnage d’Annie, la mère, c’est une femme qui n’a pas de regrets, qui n’a pas de remords, une femme un peu rock qui a vécu sa vie comme elle l’entendait, et elle décide de partir comme elle a décidé de vivre sa vie. On est au théâtre de la Scala tous les jours, sauf le lundi, à 10h10. Au plateau avec moi, il y a l’auteur et metteur en scène Camille Prioul, il y a Anne de Peufeilhoux qui joue la mère, Pablo Gallego, Tatiana Djordjevic.

 

David Season : Très bien, et pouvez-vous nous dire un mot aussi sur cette fameuse pièce dont vous vous occupez en assistant Olivier Macé, C’est pas si grave, qui se joue à Avignon, au Théâtre des Gémeaux ?

Muriel Michaux : C’est tous les soirs, sauf le mercredi, à 21h20 au Théâtre des Gémeaux. C’est pas si grave ! est une pièce d’une autrice formidable, Louise Colette, qui a réussi à écrire une comédie percutante, drôle, insolente, virevoltante, qui est vraiment une comédie de situation.

C’est très agréable de voir qu’en fait on peut écrire des très bonnes comédies sans vulgarité, sans dénigrer personne, uniquement avec une situation très forte. Et la situation, c’est un médecin, Marc, qui annonce à son meilleur ami une maladie incurable, sauf que c’est une erreur de diagnostic, son ami n’est pas malade, mais il a tellement peur pour sa carrière qu’il décide de faire croire à son ami qu’il est malade, avec la complicité de la femme de cet ami. Mais bien sûr, ça ne va pas se passer comme prévu.

C’est une pièce qui est mise en scène avec mon aide par Olivier Macé, qui est un metteur en scène formidable, un ami aussi, avec qui je travaille depuis des années, soit sous sa direction comme comédienne, soit en tant qu’assistante mise en scène.

Un metteur en scène bienveillant et intelligent, et c’est un bonheur. Et sur scène, vous retrouvez Amélie Etasse, Mikael Fasulo, Nicolas Van Bereven et Tchavdar. C’est un bonheur de les diriger. Ils sont drôles, ils sont intelligents, ils sont sensibles, ils ont plein de propositions à faire, ils sont percutants, ils sont plein de folie.

David Season : Peut-être un petit mot sur Les Remous de la scène ?

Muriel Michaux : Pour l’instant, on a fait une première lecture au Théâtre de Poche Montparnasse. C’est une pièce de Julien Wagner, qui n’est pas à son coup d’essai, parce qu’il a déjà écrit des romans, des pièces de théâtre. C’est un passionné de littérature en général, qui raconte dans cette nouvelle pièce l’histoire de Mathilde, une comédienne qui décide de réunir ses plus proches, c’est-à-dire sa mère, sa sœur, son meilleur ami et son mari, sur la scène du premier théâtre dans lequel elle a joué, pour faire une répétition de son enterrement.

Elle sait qu’elle est condamnée, et comme c’est une femme un peu contrôlante, très exigeante, voire un petit peu chtarbée sur les bords, elle veut avoir la mainmise sur son enterrement et vérifier les discours, vérifier ce qu’on va entendre d’elle.

Dans cette pièce-là, je joue Angèle, qui est la sœur de Mathilde. C’est une professeure de l’éducation nationale, mère de famille, qui aime sa vie, mais qui garde une frustration vis-à-vis de sa mère, vis-à-vis de sa sœur. Elle est un peu rock, elle est cash, et elle a besoin de dire ce qu’elle a sur le cœur.

 

David Season : Très bien, alors pour ne pas sortir du thème, j’avais une question d’actualité. Que pensez-vous de la proposition de loi sur la fin de vie ?

Muriel Michaux : Moi, je suis pour. Je pense qu’il y a des circonstances de mort qui sont terriblement douloureuses, pour les gens malades, mais aussi pour les aidants, les gens qui les accompagnent. Moi, je n’ai pas de religion, donc je sais que pour les gens qui croient en Dieu, ou qui ont une religion, c’est un sujet qui est compliqué. En fait, si les choses sont bien faites et bien accompagnées, et je crois qu’en Suisse ou en Belgique, c’est le cas, si les gens ont un vrai suivi psychologique, si c’est une décision qui est mûrie sur plusieurs mois. Moi, je suis pour la liberté en fait.

 

David Season : Trouvez-vous plus de satisfaction à jouer dans des créations que dans des pièces du répertoire ?

Non, je trouve de la satisfaction à jouer tout court. J’adore les deux. Je ne jouerai malheureusement pas toutes les pièces du répertoire que j’aurais aimé jouer, parce que déjà pour certaines, j’ai passé l’âge. Mais je trouve qu’il y a eu des grands génies de l’écriture. Je suis une amoureuse des textes, et il y a des textes du répertoire qui sont pour moi des chefs-d’œuvre.

Je trouve ça génial de les interpréter et de les jouer. Et en même temps, j’adore être avec les auteurs ou les autrices. Je trouve ça super de les avoir en répétition, de pouvoir réfléchir avec eux, construire les personnages et répéter avec eux.

Et le défi de la créa aussi, d’aller proposer au public un truc dont il n’a jamais entendu parler. Je trouve que c’est un super défi.

 

David Season : Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire du théâtre ?

Muriel Michaux : Franchement, je suis comme Obélix, je suis tombée dedans quand j’étais petite. J’ai commencé à faire du théâtre quand j’avais 6 ans, et je n’ai jamais voulu faire autre chose. J’ai tellement aimé immédiatement interpréter des personnages, jouer, inventer des histoires, monter des spectacles à tous les postes, réfléchir à des décors, à des lumières.

J’adore la direction d’acteurs, je trouve ça fascinant.

Je pourrais passer des heures et des heures à répéter, à construire des personnages, les relations entre personnages, les enjeux, les objectifs. C’est ma passion, je me lève pour ça. La fiction, c’est ma vie.

 

David Season : Y a-t-il un enseignement qui vous a particulièrement apporté ?

Muriel Michaux : Oui, j’ai eu plein de super professeurs. J’ai adoré, quand j’étais élève, travailler avec Raymond Aquaviva. Il m’a appris la précision, le rythme, la rupture.

J’ai adoré travailler avec Jack Waltzer, parce que la méthode de l’Actors Studio, le travail sur la mémoire émotionnelle, sur les relations entre les personnages, c’est très puissant, c’est très poussé. Et en même temps, c’est dans un cadre qui est sécurisant.

J’adore travailler avec des metteurs en scène que je ne connais pas, sur un temps réduit. On a une semaine, quinze jours pour aborder un auteur ou un texte. Je trouve ça très intéressant, même si c’est un peu frustrant, parce que quand c’est fini, on se dit « Ah zut, c’est déjà fini alors qu’on vient juste d’aborder ».

Il n’y a pas si longtemps que ça, j’ai essayé de faire du clown. J’ai trouvé ça très, très, très difficile. J’étais vraiment débutante et je crois que j’étais même nulle, vraiment nulle. Je n’y suis pas retournée, alors que je pense que c’est justement parce que c’est difficile et que je suis débutante et que je n’y arrive pas qu’il faudrait que je le refasse. Mais pour l’instant, je n’ose pas.

Il y a encore plein d’autres enseignements que je n’ai pas testés. C’est ça aussi que je trouve formidable au théâtre, c’est qu’on a toujours des tonnes de choses à apprendre.

 

David Season : Quel est votre plus beau souvenir de théâtre ?

Muriel Michaux : Oh là là, c’est impossible, impossible de répondre. J’ai des centaines de beaux souvenirs de théâtre. Et d’ailleurs, souvent, c’est les pires. Un accessoire qui n’est pas sur le plateau, un problème technique, jouer avec 40 de fièvre. Bizarrement, c’est les accidents de parcours dont on se souvient le plus. Parce que c’est des heures de débrief après avec la troupe et c’est ça qui nous rapproche aussi.

Mes meilleurs souvenirs, ça peut être à la fois des souvenirs de répétition, des souvenirs sur scène, des souvenirs en tant que metteuse en scène en regardant la magie opérer et des souvenirs de vie de troupe.

 

David Season : À quels rôles aspirez-vous ?

Muriel Michaux : Écoutez, j’ai longtemps été dans l’emploi des ingénues, des jeunes filles. J’ai souvent joué des filles un peu naïves, un peu concons, légères, amoureuses, etc.

C’est ce que je dégage bizarrement, mais je trouve que ça ne va pas du tout avec ma personnalité. Parce que moi, je suis plutôt une fille décidée, déterminée, voire même un peu autoritaire. Un petit peu tyrannique.

Et donc maintenant que j’ai 40 ans, j’aimerais bien jouer des personnages qui ont un peu plus d’enjeux. Je pense à des médecins, des avocates, des femmes qui doivent sauver des gens, qui élèvent des enfants, qui ont des enjeux forts.

 

David Season : Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui débute dans le métier ?

Muriel Michaux : Je n’en sais rien. Je n’en sais rien du tout. Je pense que je lui dirais de ne pas se décourager.

 

David Season : Avez-vous un agent ?

Muriel Michaux : Oui.

 

David Season : Et comment fait-on pour trouver un agent ?

Muriel Michaux : Alors franchement, il n’y a pas de recette. Moi, mon agente s’appelle Djouhra. C’est une femme formidable, très solaire, très passionnée. Je l’ai rencontrée grâce à un de mes amis avec qui je jouais dans une pièce de théâtre et qui me l’a présentée. Mais ça peut être aussi en envoyant une belle bande démo, ça peut être en invitant un agent à venir voir une pièce dans laquelle on joue, lui envoyer des informations sur un film qui sort, une série. Je sais qu’ils sont très sollicités, les agents, et qu’ils reçoivent vraiment beaucoup de candidatures. Donc ce qui est important, c’est de leur montrer son travail.

 

David Season : Y a-t-il une question que je ne vous ai pas posée, à laquelle vous souhaiteriez répondre ?

Muriel Michaux : À quoi j’aspire pour la mise en scène ? C’est aussi une activité qui me plaît de plus en plus. J’ai déjà fait des mises en scène de mon côté, mais avec ma compagnie, ou avec des amis, ou avec des comédiens amateurs. J’ai fait de l’assistanat à la mise en scène pour des productions plus importantes. Et là, j’aimerais bien que des productions plus importantes me confient ma première mise en scène, produite par une production et non pas par ma compagnie. J’aimerais bien qu’on m’embauche comme metteuse en scène.

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