Compagnie TAIM’
- Auteur : Sylvain Levey
- Mise en scène : Marie Teissier
- Interprétation : Marie Teissier
- Musique : Nicolas Naudet
La femme est l'avenir de l'arbre
L’artiste Marie Teissier est solaire, elle respire la joie de vivre dans le rôle d’une adolescente en classe de 5ème : son sourire attendrit, comme le timbre de sa voix, particulièrement mélodieux. Sa façon gracieuse de se mouvoir donne l’illusion de contempler une collégienne, ses petits jeux sur les rondins évoquent l’enfance.
Son visage expressif reflète ses états d’âme à chaque instant. Le visage de la comédienne est un spectacle à lui tout seul : tantôt radieux tantôt chagrin ou ému. Sa palette d’émotions passe aussi par les modulations de sa voix : on se laisse emporter dans son univers. Comme si cela ne suffisait pas, Marie Teissier signe la mise en scène. L’idée de figurer les membres de la famille de la collégienne par la chaussure de chacun des membres est une trouvaille ingénieuse qui ajoute une dose de fantaisie conforme à l’esprit du texte : c’était simple mais il fallait y penser.
Nicolas Naudet, qui incarne le grand-père de l’héroïne notamment, ne démérite pas : il parvient même à voler la vedette à sa partenaire de temps à autre. Son regard malicieux plein de tendresse lui confère beaucoup d’humanité : on est presque tenté de le prendre dans ses bras. De surcroît, le comédien est aussi un clarinettiste émérite qui joue aussi d’autres instruments, de la guitare notamment. Ses compositions créent un climat tantôt apaisant tantôt menaçant.
Si Nicolas Naudet excelle dans le rôle du grand-père, il est un peu moins convaincant dans le rôle du père autoritaire. Cela ne nuit nullement à la qualité de l’ensemble, le comédien ayant dès le début placé la barre très haut.
Le point de vue interne permet de voir le monde à hauteur d’enfant. Marie Teissier apporte une fraîcheur certaine au texte de Sylvain Levey : elle est déconcertante de candeur. L’amour de l’héroïne pour la nature attendrit tant il est éloigné des dogmes : la force de persuasion de la protagoniste réside dans un profond attachement à son environnement, aux arbres de son jardin, qui sont presque comme les membres de sa famille : ils ont même un nom incongru que je vous laisse le soin de découvrir.
Tous les matériaux utilisés pour le spectacle ont été recyclés et donnés : les artistes vont jusqu’au bout de leur logique, ce qui n’est pas si fréquent.
Plus que l’écologie, c’est le passage de l’enfance à l’adolescence qui est dépeint avec une puissance évocatrice rare. On s’identifie sans peine à la collégienne : ses idéaux, ses sentiments exacerbés à tel point qu’ils la submergent ne manqueront pas de faire écho chez les plus grands pour peu qu’ils se souviennent de ce moment charnière de leur existence où chaque détail est un événement.
La mobilisation de l’adolescente pour sauver ses arbres interpelle et donne à réfléchir : elle apparaît plus censée que bien des adultes et n’est pas sans rappeler le personnage d’Antigone dont elle partage la détermination et la sensibilité à fleur de peau.
Les chansons entonnées par Marie Teissier mettent bien en valeur sa jolie voix. L’accompagnement musical en direct ajoute au charme du spectacle.
Marie Teissier fait exister une camarade de classe qui prend part à la lutte, pendant plus aguerrie à la politique, avec tant de talent qu’on a l’impression de la voir devant nous : ses réactions sont souvent désopilantes, comme lorsqu’elle prononce des mots de protestation en anglais dans un mégaphone sans en saisir le sens, simplement parce qu’elle l’a vu faire dans une série télé.
Parmi ces défenseurs de la nature, où sont donc les garçons ? Ils ne semblent pas concernés. Ce parti pris courageux me semble très juste. Même si on ne saurait généraliser, chaque individu étant unique, les filles et les femmes me semblent plus enclines à défendre le vivant, qu’on pense aux plus ardents défenseurs de la cause animale. À quoi cela tient-il ? La pièce a le mérite de soulever la question.
Ce spectacle musical pose beaucoup de questions et donne en définitive peu de réponse. Il invite chacun à s’interroger sans imposer la moindre lecture. Sommes-nous prêts à changer ?
David Season, Les Chroniques d’Alceste
Publié le 14 juillet 2026.
Jusqu’au 25 juillet 2026 à 11h00 à Présence Pasteur.
Salle 4
Relâche les 16 et 23 juillet